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La tristesse d’un grand frère

30 mars 2022
Temps de lecture: 2 minutes

Joyce Verhaegen a perdu sa fille Mercedes en juin 2018. Un chagrin incommensurable. Joyce et sa famille se sont alors heurtées à une société pas prête à gérer le deuil et la perte. Joyce a décidé de fonder l’ASBL Levensles van Mercedes avec quelques bénévoles lorsqu’elle a constaté que l’école de son fils avait du mal à le laisser parler ouvertement de sa sœur. Pour briser le tabou qui entoure la mort. L’ASBL a visité plusieurs écoles et donné aux enseignants et aux élèves des informations et des conseils sur le deuil et la perte. Mercedes était décédée. Levensles van Mercedes était née.

Joyce : « Nous avons beaucoup impliqué notre fils Samuel dans la grossesse et le décès de Mercedes. Il se sentait déjà très concerné avant que sa sœur vienne au monde. À sa naissance, il est souvent venu la voie. Nous avons fait beaucoup de photos et de vidéos d’eux ensemble. Il aimait beaucoup. Il était très fier d’être un grand frère et a d’emblée pris son rôle à cœur ».

Lorsque la famille a appris que Mercedes ne survivrait pas, Joyce a tout de suite tenu à impliquer Samuel dans les adieux : « Je ne voulais pas le tenir à l’écart, cela aurait été injuste. Il lui a fait ses adieux avec nous. Il était là peu avant son décès. Il était également présent aux obsèques. Et c’est aussi lui qui a dispersé ses cendres un an après sa mort. »

Aucune place pour la tristesse à l’école

Samuel est allé à l’école pour la première fois en septembre 2018. Mais son chagrin n’y avait pas sa place. Joyce : « Comme nous parlions constamment de Mercedes à la maison, Samuel était aussi très ouvert à ce sujet à l’école : “J’ai une sœur et elle est morte”. Mais les enseignants ne savaient pas comment aborder la mort avec de si jeunes enfants. »

Levensles van Mercedes est donc née d’un besoin : soutenir les enseignants et les aider à travailler, parler, jouer avec les enfants autour de la mort. « Mais j’ai aussi remarqué que les gens ont beaucoup de mal à parler d’un décès de manière plus générale », explique Joyce. « Lorsque j’ai perdu mes parents, par exemple, personne ne m’a jamais demandé comment je vivais le fait d’être orpheline. »

« Tout ce qui touche à la mort est tabou, alors qu’elle fait partie intégrante de la vie. Nous avons tous déjà perdu quelqu’un. C’est ce qu’il ressort également très souvent dans les classes. Tous les enfants connaissaient quelqu’un qui est décédé (par ex. : une grand-mère ou un grand-père). Certains ont découvert la mort à travers la perte d’un animal de compagnie. Et pourtant, nous faisons l’autruche. »

Pour soutenir les enfants dans leur processus de deuil, DELA a développé une application de deuil pour les enfants : Je ne t’oublierai jamais. L’application comporte également un volet éducatif avec des vidéos informatives sur les adieux. Les enfants peuvent ainsi entamer leur processus de deuil en toute connaissance de cause.

Soutien en période de deuil

« Les gens pensent que c’est difficile, certains ne savent pas quoi dire ou ont peur de ne pas avoir les mots justes », remarque Joyce. Et pourtant, c’est très simple : « Il suffit de prendre la personne endeuillée dans ses bras et de l’écouter. C’est à la portée de tous. C’est aussi ce que nous avons voulu faire comprendre avec Levensles van Mercedes. Ce n’est pas difficile. Surtout pas avec les enfants, parce que tout vient très spontanément avec eux. »

En général, le deuil persiste au-delà de 6 mois. Le manque ne disparaît jamais. Joyce : « Je suis très heureuse de pouvoir à nouveau parler de Mercedes librement après 4 ans. C’est relativement rare. »

Joyce donne d’autres conseils : « Les gens sont désarçonnés lorsqu’un appel reste sans réponse. Ils ne savent plus quoi faire. Je dis toujours : si téléphoner ne marche pas, envoyez une carte. Si vous restez toujours sans réponse, apportez de la soupe. Ou venez chercher les enfants et emmenez-les à l’aire de jeux. Les possibilités sont infinies. »

Chaque processus de deuil est unique. Vous pouvez vous contenter de sonder les besoins de l’autre : une oreille attentive ou une simple présence sont parfois suffisantes. N’angoissez pas.

Nous avons souvent trouvé qu’il était encore plus difficile de soutenir les personnes en deuil en cette période de coronavirus, en raison de la distanciation sociale. C’est pourquoi DELA a compilé sur son site Internet de multiples conseils pour l’accompagnement du deuil à distance.

Compréhension du deuil

Levensles van Mercedes vise surtout à ce que le deuil soit davantage pris en compte dans les écoles, mais son engagement social va au-delà : « De manière générale, j’appelle à une meilleure compréhension de la tristesse, afin que personne ne soit condamné pour son chagrin. Beaucoup de familles traversent un deuil et doivent avancer avec une place vide dans leur cœur ou à table. »

« Notre société a tendance à associer l’amour au temps. C’est fou. Une relation longue de 20 ans semble avoir bien plus d’importance qu’une relation de seulement deux semaines avec un bébé décédé. Pourquoi ? Ce n’est pas une question de temps, c’est une question d’amour. Quelle que soit la brièveté de votre relation avec le défunt, il est essentiel que le lien subsiste. Nous avons entendu des choses terribles : “vous devez laisser ce décès derrière vous”, “vous devez lâcher prise” et même “vous aurez un autre bébé”. »

« Pour préserver le lien avec le défunt, nous avons imaginé de magnifiques boîtes de réconfort en bois avec un bijou de deuil personnel. Nous avons également créé des cartes de deuil réconfortantes joliment rédigées. Vous trouverez toutes les informations sur www.levenslesvanmercedes.com. »

Lisez également l'article : la leçon de vie d’une petite fille.