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Le deuil et la recherche de sens chez Frie après le décès de son mari

Temps de lecture: 5 min
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Depuis la perte de son mari, il y a 7 ans, Frie fait son deuil à sa manière – par vagues, en silence et en pleine conscience – et trouve du réconfort dans les souvenirs qu’elle garde de lui. Parallèlement, elle s’efforce activement, au sein de la maison de retraite, de se construire une vie qui reste socialement épanouissante et pleine de sens.

Frie a perdu son mari Fons de manière très soudaine, à peine une semaine après la célébration de leur 50e anniversaire de mariage. Après son décès, elle a emménagé presque immédiatement à la maison de retraite Lindelo à Lille, où elle et son mari avaient fait du bénévolat pendant tant d'années.

Comment Frie vit-elle son deuil

Frie n'aborde pas facilement le deuil de front. Lors de l’entretien, elle détourne souvent la conversation vers des sujets plus légers, comme si elle sentait intuitivement que la tristesse est bien là, mais qu'elle ne doit pas toujours occuper le devant de la scène. Elle reconnaît toutefois que le deuil ne devient pas plus facile avec les années.

Lorsque Frie choisit d’affronter son chagrin, c’est surtout à travers la musique. «Les chansons qui ont été jouées lors des funérailles de Fons me ramènent à notre vie commune. Je m’assois parfois tranquillement dans ma chambre pour écouter cette musique et penser à Fons. »

Les photos jouent également un rôle important. « Je ne parle pas à sa photo, mais j’aime bien la regarder. Je prends aussi régulièrement l’album de notre 50e anniversaire de mariage et des funérailles. » Cet album est pour Frie un souvenir tangible d’un moment particulier et de l’adieu.

Un deuil par vagues

Le chagrin vient par vagues. « Je ne pense pas à Fons tous les jours, mais je sens que notre lien perdure. » Lors de moments importants, elle le rapproche consciemment d’elle. Ainsi, lors de son 80e anniversaire, elle a emporté sa photo, y a déposé des fleurs et l’a mentionné dans son discours. Elle a senti qu’elle « devait le faire ».

Comme le décès de Fons a été si soudain, elle réfléchit déjà à son propre départ. Mais Frie ne veut pas non plus passer son temps à ruminer sur le thème du deuil. Lorsqu’elle se rend à des funérailles, elle compatit, mais parfois, elle en a assez : « J'ai parfois l'impression que je devrais passer mes journées à faire mon deuil. »

Le lien durable avec Fons

Frie entretient le souvenir de Fons de manière modeste, mais significative. Outre la musique et les photos, l’humour et la langue jouent également un rôle important. Dans sa chambre, elle conserve des livrets de Toon Hermans, dont Fons était un grand fan. « Quand nous nous sommes rencontrés, Fons m’a emmenée voir un spectacle de Toon Hermans. Je chéris encore ce souvenir. »

De plus, Fons reste présent dans les anecdotes qui circulent au sein de la maison de repos. Les résidents et le personnel se souviennent de la façon dont il se déguisait en Père Noël ou en Saint-Nicolas, de son goût pour les discussions avec les résidents et de l’aide qu’il apportait lors des sorties. Ces souvenirs partagés font que Frie ne se sent pas seule dans son deuil : d’autres ont eux aussi connu et apprécié Fons.

Le rôle de la maison de repos dans son deuil

Le déménagement à la maison de repos peu après le décès de Fons n’était pas une fuite pour Frie, mais un choix conscient. Elle ne se sentait plus assez autonome chez elle et craignait de s’isoler. À la maison de repos, elle a retrouvé une structure, de la proximité et des contacts sociaux.

Cependant, la maison de repos l'expose également à de nouvelles pertes. Des résidents décèdent régulièrement, et Frie décrit à quel point il est difficile de voir des personnes qu'elle connaît bien décliner. « À ce moment-là, on se dit : qui sera le prochain à table ? Il faut aussi s'adapter à chaque fois aux nouveaux résidents qui arrivent. »

Contacts sociaux et amitié

Frie a grand besoin d’une bonne conversation. Les discussions à table dans la maison de repos sont souvent superficielles, et la composition changeante du groupe en raison des décès rend difficile la création de liens durables.

Ses enfants, ses petits-enfants et sa famille comptent énormément pour elle et lui procurent un sentiment essentiel d'appartenance et de soutien. Même si elle voit moins souvent ses enfants et petits-enfants en raison de leurs nombreuses occupations liées au travail, à l'école et aux loisirs, elle chérit d'autant plus les moments passés ensemble et les attend toujours avec impatience. De plus, les contacts avec ses amies en dehors de la maison de retraite comptent beaucoup pour elle. Ils lui permettent de rompre la solitude. Frie apprécie de sortir manger ou boire un verre et de passer du temps en dehors de la maison de retraite avec des personnes qu’elle aime. Ces moments de convivialité, où elle peut discuter et rire, lui font beaucoup de bien et renforcent son sentiment d’appartenance.

Il est remarquable que Frie, malgré son propre chagrin, apporte également son soutien à d’autres personnes en deuil. Sa bienveillance et son attention font d’elle une figure importante pour ceux qui vivent un deuil.

Des « petites tâches » qui ont du sens

Frie assume différentes petites tâches au sein de la maison de repos. Elle distribue les journaux chaque matin, ainsi que les cartes et le courrier à Noël et au Nouvel An. Elle donne un coup de main à la cafétéria et tamponne et affranchit les factures. « Grâce à cela, tout le monde me connaît. On m’a même surnommée « Frie Poste ».

Ce rôle lui apporte non seulement de l’activité physique et une distraction, mais aussi un sentiment d’estime et de connexion. Elle a le sentiment d’être utile aux autres, ce qui est essentiel pour elle.

Frie aime aussi s’occuper de langue et de beaux textes. Avec la psychologue Ann, elle rédige de jolis textes, comme des vœux de nouvelle année pour les résidents de la maison de repos.

Accompagnement psychologique dans le deuil

La psychologue Ann, qui accompagne Frie depuis plus de deux ans maintenant, est devenue pour elle un véritable point d'ancrage. Ann l'aide à traverser les périodes difficiles, mais aussi à vivre de nouvelles expériences enrichissantes. C'est ainsi qu'Ann a notamment aidé Frie à organiser son 80e anniversaire.

« Ann vient me voir chaque semaine, elle m’est indispensable. Je peux non seulement me confier à Ann pour partager ma tristesse, mais aussi pour avoir des conversations philosophiques et partager des moments d’humour. Je prépare même nos conversations dans un carnet. Et si je tombe sur quelque chose à la télévision ou dans des livres concernant le deuil ou la perte, je le note pour Ann.»

Frie fait son deuil à sa manière : pas bruyamment, pas sans arrêt, mais dans des moments de calme qu’elle choisit elle-même. En même temps, elle construit activement une vie qui reste chaleureuse, sociale et pleine de sens. C’est dans cette combinaison entre se souvenir et aller de l’avant qu’elle trouve son équilibre.

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