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Le cerveau en deuil

Temps de lecture: 5 min
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Les personnes en deuil remarquent souvent que leur esprit fonctionne différemment. Elles ont plus de mal à se concentrer, oublient plus vite les choses et ont plus de difficulté à prendre des décisions. Comment le deuil modifie-t-il notre façon de penser, de ressentir et de fonctionner ?

Parfois, les personnes en deuil ont l'impression qu'un épais brouillard recouvre leur esprit, un phénomène également appelé « cerveau en deuil » ou  « brouillard du deuil ». Cela peut être angoissant. Surtout lorsqu'une personne remarque qu'elle croit encore entendre la voix de l'autre, qu'elle croit reconnaître le défunt dans la rue ou qu'elle prend automatiquement son téléphone pour l'appeler.

Pourtant, ce ne sont pas des réactions étranges ou imaginaires. Au contraire : ce sont des réactions normales d’un cerveau en suractivité, ou qui est en plein processus de deuil.

Exercices pouvant aider

Ces exercices audio, spécialement conçus pour accompagner les personnes en deuil, peuvent aider en douceur à sortir du brouillard du deuil :

Observation consciente : un exercice consistant à observer le flux des pensées et des émotions sans jugement, ce qui aide à apaiser un esprit encombré.



Contact corporel et ancrage : en descendant consciemment dans son corps, le cerveau ressent un sentiment de soutien et de sécurité.


Le deuil est, outre un processus émotionnel, le travail le plus difficile que le cerveau humain puisse accomplir.

La carte intérieure n’est plus à jour

Pour comprendre pourquoi le cerveau réagit si fortement à la perte, il est utile de le considérer comme une sorte de machine de prédiction. Le cerveau construit en permanence une carte mentale du monde : pour calculer où se trouvent les êtres chers, quand ils rentrent à la maison, qui sera à table le soir… Dans une relation intime, l’autre devient une partie intégrante de cette carte, et ce type de relations est essentiel à la survie.

Lorsqu’une personne décède, cette carte mentale est soudainement bouleversée. Votre système de navigation personnel vous dit que votre partenaire insère la clé dans la serrure à 17 h 30, mais tout reste silencieux. Cela crée une immense confusion neurologique. Le cerveau comprend bien, au niveau rationnel, que l’autre n’est plus là, mais les couches plus profondes du cerveau ne sont pas encore en phase avec cette nouvelle réalité. Elles continuent à chercher cette personne. Cela explique pourquoi on croit encore reconnaître le défunt dans une foule; ce sont les cerveaux qui tentent de compléter des informations incomplètes selon l’ancienne carte familière.

Savoir et pourtant ne pas comprendre

L’un des aspects les plus douloureux du deuil est le conflit entre deux convictions qui coexistent. Il y a la certitude rationnelle que l’autre est décédé, et en même temps le sentiment profond que cette personne est toujours là, ce que l’on appelle aussi « Gone But Also Everlasting » (disparu mais toujours présent).

Le cerveau a besoin de milliers de nouvelles expériences pour apprendre que l’autre ne reviendra vraiment plus.

Chaque fois qu’une personne en deuil est confrontée au vide, comme la place vide à table ou faire la lessive sans les vêtements de l’autre, cela constitue une mise à jour nécessaire des données pour le cerveau. Aussi douloureux que soient ces moments, ils sont essentiels au processus d’apprentissage.

Le principe de dosage joue ici un rôle crucial. Ne soyez pas trop dur avec vous-même si vous ne parvenez pas encore à supporter la réalité de cette perte tout au long de la journée. Au début, le cerveau ne peut parfois supporter la dure réalité que deux minutes par jour pour ne pas être complètement submergé, et c'est une réaction saine et protectrice de votre système.

Pourquoi le deuil est un sport de haut niveau pour l'esprit

Les personnes en deuil sont souvent épuisées, et cette fatigue a une cause biologique évidente. La partie du cerveau qui régule les émotions et effectue des tâches complexes (le cortex préfrontal) doit travailler beaucoup plus dur que d’habitude en cas de deuil. On peut comparer le cerveau à ce stade à un ordinateur sur lequel un programme très lourd tourne en arrière-plan. Vous souhaitez peut-être simplement ouvrir un document simple, mais tout est d’une lenteur exaspérante car toute l’énergie biologique est consacrée à la gestion du deuil.

Cela explique également pourquoi la mémoire, la concentration et la prise de décision sont temporairement moins fluides. Le système se trouve en mode de survie, ce qui entraîne la libération d’hormones de stress telles que le cortisol. Cet état d'alerte entraîne une vigilance constante qui demande énormément d'énergie.

Le désir comme une forme de faim

Lors d’un manque intense, un autre phénomène remarquable se produit dans le cerveau. Les souvenirs du défunt peuvent susciter un désir intense qui, dans le cerveau, se ressent comme une forme de faim ou de désir ardent. Les souvenirs de l’être cher activent parfois le centre de récompense, la même zone qui s’illumine en cas d’addiction.

Cela explique pourquoi il peut être si tentant de se perdre dans des rêveries sur le passé ; c'est la seule façon dont le cerveau peut encore ressentir la récompense de la proximité. Ce n'est pas un signe de faiblesse, d'évitement ou d'incapacité à avancer mais une réaction tout à fait humaine d'un cerveau qui continue à rechercher le lien.

Qu'est-ce qui peut aider à surmonter le brouillard du deuil ?

Comprendre que le cerveau travaille d’arrache-pied pour redessiner la carte de la vie apporte souvent déjà une première forme de douceur. Lorsque l’on cesse de lutter contre sa propre lenteur et sa fatigue, on crée davantage d’espace pour coopérer avec ce dont le système a besoin. Quelques mesures concrètes peuvent soutenir le cerveau :

  • Structure et repères : des rythmes fixes offrent un soutien lorsque l'esprit perd ses repères.
  • Noter les choses : les notes et les listes soutiennent la mémoire, qui est temporairement moins fiable.
  • La pharmacie interne : des contacts sociaux sécurisants et la proximité physique favorisent la production d'ocytocine et d'opioïdes naturels, qui ont un effet apaisant sur le cerveau.
  • Des conversations pour mettre de l'ordre et y voir plus clair : parler à quelqu'un qui écoute vraiment peut aider à structurer le chaos intérieur et à mettre de l'ordre dans ses pensées.
  • Bouger en cas d'agitation : lorsque le système contient beaucoup d'adrénaline, de testostérone supplémentaire ou de panique, l'activité physique, comme une marche rapide ou un sport, aide à évacuer cette énergie. C'est souvent un moyen très accessible de réguler la tension intérieure.
  • S'exprimer par la créativité : l'expression créative ou le travail manuel peuvent offrir un moyen de donner forme à la pression interne et d'accorder un répit au cerveau qui réfléchit.
  • Le calme de la nature : la nature a un effet apaisant sur le brouillard du deuil. Une promenade à l'extérieur aide à sortir de ce monde intérieur surchargé.

Quand est-il recommandé de solliciter une aide supplémentaire pour faire son deuil ?

Même si les changements dans la façon de penser et les troubles de la concentration font partie du processus de deuil, il est important de prendre ces symptômes au sérieux. Consultez un médecin généraliste ou un professionnel de santé si une personne est complètement paralysée par la panique, si elle ne parvient pas à fonctionner au quotidien pendant une longue période ou si le brouillard du deuil ne semble pas se dissiper après un certain temps. Vous n’avez pas à porter ce fardeau tout seul.

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